« L’éclatement des bourgeons était le signal de départ pour le lac Abitibi. Pourquoi le lac? Parce qu’il y a du vent et des poissons, et dans la forêt, il y a des mouches! » Voilà les mots d’André Mowatt alors qu’il raconte l’histoire des Abitibiwinnis.

Ceux qui habitaient cet immense territoire avant même que les frontières ne songent à voir le jour… En entendant ces mots, on sourit et on se rend rapidement compte à quel point cette réalité nous est étrangère. On compatit, car chaque été, on vit la même chose. Tout à coup, c’est une brèche qui vient de s’ouvrir, on devient intéressé parce qu’on se reconnaît un petit peu dans ce qui vient d’être raconté.

Comment veut-on entendre parler de notre histoire? Comment veut-on la raconter ou l’entendre être racontée pour qu’elle provoque notre curiosité et que nous puissions nous y reconnaître? Voilà la thématique centrale à laquelle ont réfléchi près de 150 têtes le 25 novembre dernier au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue à Rouyn-Noranda.

Un bout de la démarche a été proposé par des intervenants spécialement choisis qui en avaient manifestement plus à dire qu’ils en avaient la chance. D’abord, ils étaient sept. Sept Témiscabitibiens, fiers et amoureux de leur région et de leur histoire, qui sont montés sur scène et qui nous ont fébrilement raconté ce qui les passionne; l’histoire documentée, l’histoire pour ses anecdotes, son cinéma, sa musique… Qui se serait douté que Rouyn-Noranda a déjà eu son propre reel? Qui se serait douté qu’un gars de Rouyn a déjà fait la première partie d’Elvis Presley? « Il n’y a pas un autre Québécois qui a fait ça! » s’est exclamé Félix B.-Desfossés dans sa présentation.

Il y a aussi eu l’histoire qui se passe de mots, celle qui appartient plutôt au langage du corps. Jeffrey Papatie en a été l’illustre représentant avec une prestation de danse traditionnelle autochtone. Ensuite, c’est tous ensemble que nous avons réfléchi. Un gros brainstorm intergénérationnel. Fernand, Suzanne, Julien, Xavier, Anne-Marie, Karine, Alexandre, etc., chacun a eu droit à son mot.

Connaître l’histoire de notre région, ça nous marque! Après un peu plus d’un siècle, il reste encore tant à faire. Encore aujourd’hui, nous sommes tous investis d’un sentiment pionnier qui fait naître en nous un désir de nous enraciner davantage, d’apporter notre grain de sel dans le développement de la région pour qu’elle soit à notre image. Autant notre territoire est grand et déjà riche d’histoire, autant il est encore vierge et devient la terre de tous les possibles. Les générations avant nous ont travaillé fort pour instaurer ce que nous consolidons aujourd’hui et développons encore. Les premières pages sont écrites et le 25 novembre dernier, au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, la volonté commune a eu envie de participer à son écriture.

Si l’éclatement des bourgeons inspirait jadis un nouveau départ, pouvons-nous aujourd’hui, à l’aube de cet hiver qui se pointe à peine, voir l’éclatement des flocons comme un second souffle à notre histoire? Un souffle commun avec les aînés, les premières nations, les jeunes, les nouveaux arrivants et tous ceux qui ont à cœur l’Abitibi-Témiscamingue.

Aujourd’hui, je souhaite de tout mon cœur que tout le monde mette la main à la pâte dans cette écriture et qu’aujourd’hui, un nouveau chapitre commence.